Présidentielle au Sénégal : 10 choses à savoir sur l’outsider Ousmane Sonko

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Inconnu il y a encore cinq ans, Ousmane Sonko, ancien inspecteur des Impôts, a fait une percée médiatique durant la campagne présidentielle sénégalaise et rend plus incertain le premier tour de ce dimanche 24 février où près de 6,4 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Benjamin du scrutin, bon élève, as de la com, nationaliste… Voici dix choses à savoir sur cet ovni politique :

1Chanceux

Ousmane Sonko débarque dans un scrutin hors norme. Il n’y a que cinq candidats sur la ligne de départ, contre quatorze en 2012 et quinze en 2007. Les deux opposants de poids (Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, et Khalifa Sall, ex-maire de Dakar) ont été mis hors jeu en raison d’ennuis judiciaires. Et les grands partis traditionnels – dont le Parti socialiste, au pouvoir pendant quarante ans – sont totalement absents, pour la première fois dans l’histoire du Sénégal.

2Benjamin 

A seulement 44 ans, il est le plus jeune candidat à l’élection présidentielle. Même si l’âge des autres postulants à la candidature suprême a considérablement baissé : 57 ans pour Macky Sall, le président sortant, 65 ans pour Madické Niang, ancien ministre.

3Bon élève

Major de l’ENA du Sénégal, bardé de diplômes en droit et en finance, Ousmane Sonko aime poser en costume-cravate de couleur sombre sur ses affiches de campagne. Il a commencé sa carrière comme inspecteur des Impôts et des Domaines. On lui connaît pour principaux divertissements les documentaires animaliers et un abonnement à la chaîne Nat Geo Wild.

4Monsieur Propre

En 2016, Ousmane Sonko est radié de la fonction publique par un décret présidentiel pour “manquement au devoir de réserve”. Il a accusé haut et fort l’Etat sénégalais de fraudes fiscales et de corruption. Il publiera aussi et surtout “Pétrole et gaz au Sénégal. Chronique d’une spoliation” (Fauves Editions, 2017), dans lequel il égratigne le président Macky Sall et son frère cadet.

5Novice

Le nouveau venu affronte de vieux briscards de la politique : Madické Niang, ministre de 2002 à 2012, Idrissa Seck, Premier ministre de 2002 à 2004, sans parler de Macky Sall, qui gravite dans le milieu depuis les années 1980. Lui est élu, comme député, depuis seulement un an et demi. Il a fait ses armes en fondant le Syndicat autonome des Agents des Impôts et Domaines, puis le parti Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (Pastef), en 2014.

6Flingueur 

Florilège de ses déclarations : “Ceux qui ont dirigé le Sénégal depuis le début mériteraient d’être fusillés.” La classe politique est “vendue aux intérêts étrangers”. “Macky Sall est un ‘bon préfet’ de ‘nos ancêtres les Gaulois’.” “A l’usine des phosphates de Thiès, il n’y a que des Indiens. Ils importent leur chômage”, etc. Son franc-parler se teinte parfois de populisme et de radicalisme.

7Nationaliste

Son programme, axé sur le patriotisme économique, prévoit le renforcement de l’agriculture et de la pêche, l’égalité des chances par l’éducation, la sortie du franc CFA, la réduction de la dette et du train de vie de l’Etat. Il entend, surtout, privilégier les entreprises et les emplois nationaux. Ousmane Sonko pense également que la polygamie est “une excellente chose”. Il séduit les classes moyennes urbaines en rupture avec le monde occidental et ses valeurs. Ses opposants n’oublient jamais de rappeler qu’il a milité, dans sa jeunesse, au sein de l’Association des Elèves et Etudiants musulmans du Sénégal (AEEMS), un mouvement proche des Frères musulmans.

8As de la com

Ousmane Sonko a ringardisé la classe politique sénégalaise et ses vieilles méthodes. Il a réalisé une tournée auprès de la diaspora qui l’a conduit de New York à Paris en passant par Milan. Il a publié un livre-diagnostic-programme (“Solutions”) juste avant le lancement de la campagne et il passe son temps sur les plateaux télé et radio, ainsi que sur les réseaux sociaux. Déjà, en 2016, peu après sa radiation, il s’était fait remarquer en postant sur son compte Facebook une photo de lui prise dans son futur ex-bureau.

9Exorciste

“Tchuraï yu Deum” : en wolof, cela signifie “l’encens qui fait partir les mauvais esprits”. C’est de cette manière qu’Ousmane Sonko se définit lui-même. Traduisez : “Avec moi, tout sera différent.”

10Trouble-fête

Aucun sondage fiable ne permet de connaître les chances d’Ousmane Sonko, pas plus que celles de ses concurrents, au scrutin de dimanche. La diffusion d’enquêtes d’opinion est en effet interdite en période électorale au Sénégal depuis 1986. Cela n’empêche pas Macky Sall, le président sortant, qui fait valoir son bilan de bâtisseur (aéroport international, autoroute Ila-Touba…) et ses mesures sociales, comme la couverture maladie universelle, de se voir déjà réélu, haut la main, dès le premier tour. En fonction du nombre de voix qu’il aura réussi à grappiller, l’ovni politique Ousmane Sonko pourrait lui gâcher la fête.

Nathalie Funes

Nathalie Funes

Journaliste

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